Un simple post, quelques mots tranchants, et tout un pan du ndombolo s’enflamme. “Musique intelligente ekoti mode avion” (“la musique intelligente est passée en mode avion”) : par cette formule lapidaire publiée sur Facebook, Israël Mutombo, figure influente des médias congolais, a ravivé la controverse sur le positionnement artistique d’Héritier Wata. En ligne de mire : le nouveau générique Zala et sa chorégraphie “Magoda”, accusée par certains d’aller à l’encontre de l’image policée que l’artiste revendique depuis ses débuts.
Héritier Wata, l’un des héritiers (justement) de la rumba et du ndombolo moderne, s’est imposé dès ses premières notes comme le chantre d’une musique “propre”, débarrassée des vulgarités qui ont souvent collé au genre. Cette ambition, résumée dans le label “musique intelligente”, a longtemps servi d’argument marketing, mais aussi de gage de respectabilité face à une audience en quête de renouveau.
Or, pour Israël Mutombo, Zala viendrait trahir cette promesse. Derrière sa pique sarcastique, le journaliste met en lumière une interrogation de fond : la “musique intelligente” serait-elle devenue un simple slogan vidé de son essence ?
Héritier contre-attaque, sans hausser le ton
Loin de se laisser déstabiliser, l’artiste a choisi de répondre dans un commentaire mesuré, appelant ses détracteurs à plus de discernement. “Le générique Zala est toujours dans la lignée de la musique intelligente. Maintenant, chacun a sa manière de voir les choses …” écrit-il, comme pour rappeler que l’art est aussi affaire de subjectivité et d’interprétation.
Avec une pointe de philosophie, Héritier en profite pour rappeler que la critique qu’elle vienne du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), de la censure ou d’Israël Mutombo lui-même fait partie du jeu, pourvu qu’elle reste constructive. “Tout peut faire l’objet d’un débat. Même le néant”. Une manière, subtilement ironique, de désamorcer la polémique tout en la laissant exister.
Une audience partagée, un ndombolo en mutation
Sur les réseaux, le clash fait déjà rage. Entre les défenseurs de la liberté artistique, qui rappellent que le ndombolo a toujours évolué au gré des modes et des provocations, et les gardiens du temple, qui y voient une dérive obscène, les avis s’entrechoquent. Faut-il sanctuariser le concept de “musique intelligente” ? Ou accepter qu’il se transforme au contact du public et de ses codes ?
Une chose est sûre : Héritier Wata reste fidèle à sa ligne de conduite faire danser, choquer parfois, fédérer toujours. Et tant pis si la “musique intelligente” flirte, de temps à autre, avec la provocation.
Au fond, ce dernier épisode n’est peut-être qu’un énième rappel de ce que la musique congolaise sait faire de mieux : diviser pour mieux faire parler. Et à ce jeu-là, Zala a déjà remporté son pari.
La rédaction
